Les femmes agissantes du 6° arrondissement de Lyon

Les femmes agissantes du 6° arrondissement de Lyon

Je vous amène aujourd’hui sur les traces des femmes agissantes du 6° arrondissement de Lyon. Derrière nos guides Chantal Jane Buisson, Françoise Chambaud et Jean-Pierre Devignon, je vous invite à découvrir ces femmes, chefs d’entreprise, mères lyonnaises, résistantes, artistes qui ont jalonné l’histoire du 6° arrondissement de Lyon.

Vous me suivez ?

Les chefs d’entreprise :

Parmi les femmes agissantes du 6° arrondissement de Lyon, on trouve plusieurs chefs d’entreprise dont je vais vous conter l’histoire.

Jeanne Poly

Au 20 cours Franklin Roosevelt se trouve la coutellerie Poly fondée en 1847 par M. Guêpe. Il s’agit d’une des plus anciennes entreprises de l’arrondissement. Pour l’anecdote, l’entreprise a changé trois fois d’adresse en restant à la même place ! Comment ? Simplement car avant 1852, l’emplacement se situait sur la commune de la Guillotière qui couvrait une grande partie de la rive est du Rhône. Première adresse. Puis en 1852, on crée le 3° arrondissement de Lyon qui couvre l’actuel 3° arrondissement et l’actuel 6° arrondissement. Deuxième adresse. Enfin en 1867, sous la pression démographie, on divise le 3° arrondissement et le nord du 3° devient le 6° arrondissement de Lyon. Troisième adresse.

Mais j’en reviens à notre thème. M. Guêpe, fondateur de l’entreprise, forme ses enfants, dont Jeanne, sa fille à la direction d’entreprise. Nous sommes au XIX° siècle et les femmes, dans les classes aisées, sont alors reléguées à la maison, dévolues à la gestion du foyer. Contre toute attente, c’est elle qu’il choisit pour lui succéder à la direction générale de l’entreprise, donnant aux frères de Jeanne la direction des succursales. Jeanne Guêpe dirige l’entreprise familiale de main de maître, proposant régulièrement des nouveautés à ses clients et des produits innovants. Elle sera notamment précurseur avec les couteaux inoxydables.

L’histoire de Jeanne ne s’arrête pas là. Elle n’est pas simplement un patron mais également une femme. Elle tombe amoureuse à 9 ans d’un des apprentis de son père, Pierre Poly, de 5 ans son aîné. Et comme vous l’aurez compris, cet amour fini par un mariage qui donne le nom à l’entreprise, nom qui se perpétue encore aujourd’hui !

Rose Thonnelier

Une autre femme succède à son mari. Cette fois, à la tête d’une scierie et d’un commerce du bois, 79 à 84 rue Cuvier . Il s’agit de Rose Thonnelier, veuve d’Honoré Rolandez qui après la mort de son époux en 1923 dirigea avec ses gendres l’entreprise « les successeurs d’Honoré Rolandez ».

Peu de femmes accèdent à la direction d’une entreprise. Et pour cause, jusqu’en 1965, une femme chef d’entreprise est obligatoirement autorisée et assistée par son époux, c’est la loi !

Clémence Lortet

Cette femme du XVIII° siècle est connue à double titre : son engagement lors de la période de la Terreur, ses promenades botaniques.

Née dans le quartier de Saint Nizier, elle est instruite par son père Pierre Richard, inventeur du chinage (procédé de teinture de la soie). Clémence Lortet fait donc partie des rares femmes instruites de l’époque. Mariée à Pierre Lortet en 1791, elle habite 4 montée Saint Barthélémy où elle cachera et soignera jacobins et royalistes durant le siège de Lyon en 1793.

De santé fragile, elle consulte le Dr Jean-Emmanuel Gilibert, médecin et botaniste, concepteur et directeur du jardin botanique de Lyon. Celui-ci lui conseille de marcher et lui propose de suivre ses cours de botanique. Au fil de ses promenades autour de Lyon, Clémence récolte de nombreuses plantes, crée des herbiers et se forge de solides connaissances en botanique. Elle crée ainsi 17 chemins d’observation. Ses connaissances sont telles qu’elle intègre la société linéenne de Paris et qu’elle acquiert une renommée Européenne, à la suite de quoi elle co-fonde celle de Lyon avec plusieurs autres botanistes.

Les femmes et l’industrie :

L’histoire de l’industrie et le droit du travail sont intimement liés aux travailleurs. Voici comment certaines femmes lyonnaises ont fait bouger les lignes…

Emma Couriau

La loi Waldech Rousseau du 21 mars 1884 autorise la création de syndicats professionnels. Ce texte évite la clandestinité et va permettre une structuration du monde du travail. Pour éviter les réunions dans les débits de boisson, on va donc créer les bourses du travail, lieux de réunion et de formation des ouvriers. A Lyon, Antoine Gailleton propose l’installation de la bourse du travail en lieu et place du Théâtre des Variétés, cours Morand. C’est à cet endroit que sera organisée la première manifestation du 1° mai. Elle a depuis été déplacée (1891) place Guichard dans le 3° arrondissement et démolie (1956).

La bourse du travail de Lyon a vu un des plus gros conflits syndicaux du XX° siècle autour du droit des femmes. Emma Couriau est « typote », c’est à dire typographe. Elle demande en 1913 son intégration au syndicat de l’imprimerie. Non seulement on lui oppose un refus catégorique mais en plus, son mari est exclu du syndicat pour avoir osé autoriser sa femme à exercer un métier du livre ! En cause, la défense des  intérêts professionnels de ses messieurs ! Les Couriau n’en restent pas là. Ils ameutent les syndicats nationaux, la presse, la ligue des droits de l’homme, les mouvements féministes lyonnais et parisiens. Et c’est le début d’un débat houleux sur les droits des femmes et particulièrement sur le travail des femmes. Sur ce, la première guerre mondiale arrive, les hommes sont réquisitionnés, et les femmes se retrouvent à prendre la place des hommes dans les entreprises. Et au sortir de la guerre, le syndicat de l’imprimerie se voit obligé d’intégrer pour la première fois 26 femmes par manque d’hommes…

De ce conflit naît un journal, La Fronde, entièrement rédigé et réalisé par des femmes dont la fondatrice est marguerite Durand et la rédactrice Maria Vérone. Le journal disparaîtra après l’affaire Dreyfus.

Philomène Rozan

Dans le 6° arrondissement de Lyon se trouvaient de nombreuses usines de préparation du fil de tissage : les moulinages. On y tressait le fil pour le rendre solide et propre à l’utilisation dans l’industrie de la soie. Ces usines, initialement installées en Ardèche, au plus près des magnaneries, s’étaient implantées en ville à la faveur du développement des machines à vapeur. Les ouvrières (90% de femmes) travaillaient sur des moulins de forme ovale et étaient ainsi surnommées les « ovalistes ».

En cette fin de XIX° siècle, les ouvrières travaillaient 12h par jour et étaient logées dans l’usine par les patrons qui fournissaient la soupe et avaient ainsi tout pouvoir sur ces femmes. De là découle l’expression « une soupe d’ovaliste », c’est à dire avoir dans son assiette une soupe particulièrement peu consistante. Avec de telles conditions de travail, et suite aux révoltes des canuts, les ovalistes se sont mises en grève en juin 1869. Sous l’impulsion de Philomène Rozan, des Moulinages Monartais, situés à la place du jardin des trois renards, les ouvrières ont cessé le travail pour réclamer une augmentation de salaire (elles étaient payées moitié moins que les hommes ovalistes) et une réduction du temps de travail. Mal leur en a pris ! Les patrons ont purement et simplement pris les affaires de ces dames et les ont mis… sur le trottoir. Des femmes « en cheveux » sur le trottoir, à l’époque, cela faisait mauvais effet ! Comme elles n’avaient nulle part où aller, les ouvrières ont repris le travail…

Justin Godart

Parmi les femmes agissantes du 6° arrondissement de Lyon, notons qu’un homme va également oeuvrer pour les droits des femmes : Justin Godart. Né au 21 avenue de Saxe, il vécut au 123 rue Vendôme. Cet avocat est conseiller municipal de la mairie de Lyon et franc-maçon. Très engagé politiquement au parti radical-socialiste, il devient député de Lyon (1906-1926) puis sénateur (1926-1940). Il milite pour l’égalité homme femme en proposant notamment en 1922 un projet de loi donnant le droit de vote aux femmes à partir de 30 ans. Le projet est refusé par le sénat. Sous-secrétaire d’Etat puis ministre, il s’engage en faveur des populations défavorisées en particulier les femmes, les prostituées, les ouvriers, les enfants. A l’époque, les maris pouvaient faire interner de force leur femme sous prétexte qu’elles étaient psychologiquement instables.

Les résistantes

Parmi les femmes agissantes du 6° arrondissement de Lyon, figurent de nombreuses résistantes. Il faut savoir que Lyon fait partie des quelques rares villes ayant reçu la Légion d’Honneur pour avoir résisté à l’occupant lors de la deuxième guerre mondiale. En septembre 1944, le Général De Gaulle déclare que Lyon est la capitale de la résistance. Une stèle commémorative rappelle cette décoration dans le square à l’angle de la rue Massena et du cours Vitton. Autant d’hommes que de femmes ont participé à la résistance. Et pourtant seulement 10% de femmes ont reçu une décoration au sortir de la guerre.

Jeanine Sontag

D’origine strasbourgeoise, de parents juifs polonais, Jeanine Sontag étudie l’histoire auprès de Lucie Samuel plus connue sous le nom de Lucie Aubrac. Très engagée dès le début de la guerre, elle n’arrive pas à se résoudre à faire de la résistance passive. Elle s’engage donc dans le bataillon Carmagnole qui mène des actions de guérilla urbaine.

En juillet 1944, elle fait parti de l’équipe qui attaque le garage Gambetta, garage où sont fabriqués les camions de la Wehrmacht qui ravitaillent la Normandie. L’attaque est une réussite. Mais le gardien donne l’alerte et les résistants montent sur le toit pour fuir. Malheureusement, Jeanine, en sabots, tombe du toit. Elle est capturée et conduite au 33 place Bellecour, siège de la Gestapo, où elle est torturée puis envoyée en prison à Montluc.

En août 1944, Jeanine Sontag fait partie des 120 détenus de Montluc qui sont amenés au fort de Saint Genis Laval pour y être exécutés.

Lise Lesèvre

Lise Lesèvre née Bogatto habitait au 115 rue Tronchet. Son engagement en tant que résistante consistait à soutenir et cacher ceux qui s’opposaient au service du travail obligatoire (STO). Arrêtée le 13 mars 1944 à Perrache, elle fut torturée par Barbie lui-même puis envoyée au camp de Ravensbruck. Elle fut ensuite transférée dans un camp de travail où l’on fabriquait des obus. Elle y prit le risque de saboter les obus.

Elle fut un des témoins clé du procès de Klaus Barbie.

Les Franciscaines de notre Dame des Anges

Au n° 83 de la rue Tronchet se tenait un couvent de soeurs franciscaines. Juste en face, les allemands avaient installés, dans l’actuelle école Jean Rostand, un hôpital militaire. Le 24 août 1944, les forces allemandes décident de rapatrier tout le matériel sur l’hôpital de la Croix Rousse. Les lieux sont ainsi vidés des malades et du matériel médical mais les allemands y abandonnent la nourriture, les matelas… Voyant cela, les médecins restés sur place se mettent à jeter les vivres par les fenêtre pour en faire profiter la population rationnée. C’est ainsi près de 300 personnes qui se massent pour profiter de l’aubaine.

La liesse ne dure pas, les troupes allemandes reviennent et se mettent à tirer sur la foule principalement de femmes et d’enfants. C’est la panique ! Il n’y a pas d’issue. Les soeurs franciscaines vont courageusement ouvrir les portes du couvent pour protéger la population. 20 personnes sont tuées et une trentaine blessées.

Zoé Roche

Connue sous le nom de Zette, cette jeune femme se passionne pour les régimes autoritaires notamment de l’Europe de l’est, en particulier la Pologne. Elle fera notamment le lien entre le gouvernement polonais en exil et les résistants.

Arrêtée quai Sarrail à son domicile en 1943, elle est emprisonnée à Montluc, déportée à Ravensbruck puis à Beendorf. Elle fera partie des rares à être sortis des camps grâce à la Croix Rouge suédoise. Pour autant, Zoé Roche ne reviendra pas en France, et mourra à Malmö des suites de sa déportation.

La place Zoé Roche se situe sur la rue Montgolfier, entre la rue Jacquier et la rue Boileau. Née de la destruction de plusieurs maisons en 1980, elle ne fut pourtant nommée qu’en 2010.

Les mères lyonnaises

Parmi les femmes agissantes du 6° arrondissement de Lyon, il faut mentionner les mères lyonnaises, nombreuses et dont la cuisine était (et reste) particulièrement réputée.

Mais qui sont-elles ? Au XIX° siècle, se sont des cuisinières de familles bourgeoises lyonnaises. Elles y ont appris une cuisine raffinée mais économe. Elle se servent des bas morceaux et notamment des abats afin de ne rien jeter. La crise de 1929 contraint les bourgeois à se séparer de leurs cuisinières, faute de moyens suffisants pour les garder. Certaines de ces femmes vont alors ouvrir leurs propres établissement et mettre leur compétences à profit. Leurs établissements sont accessibles à tous puisqu’elles préparent une cuisine familiale et abordable. Leur cuisine va changer profondément la gastronomie lyonnaise et influence encore les grands chefs actuels.

Commençons place Maréchal Lyautey. Ici se tenaient 6 restaurants et 3 pieds humides. Parmi les restaurants, « le café du pond » était tenu par Mme Trolliet. Les pieds humides étaient des guinguettes avec un petit abri pour les intempéries. On y mangeait debout des plats peu onéreux. Obligation était faite à ces établissements de servir une soupe. Ouverts de 6h à 12h, ils étaient soumis à une réglementation stricte.

Un peu plus loin, à l’angle de la Molière et du cours Morand (Franklin Roosevelt), se trouvait l’établissement de la mère André.

Passons au 50 boulevard des Brotteaux. Le « Café du Peintre » est tenu par Florence Perier, Toque Blanche Lyonnaise.

A quelques pas de là, le 71 cours Vitton, chez Marcelle, était une institution dans les années 90.

Au 73 de la rue Duquesne, un établissement emblématique a disparu :  celui de la mère Fillioux. Cette mère lyonnaise a formé une des plus célèbres mères : la mère Brazier. Son menu, le même durant 30 ans sera composé du potage velouté aux truffes,  de la volaille demi-deuil, des quenelles au gratin,  des fonds d’artichauts au foie gras, de la glace praline, le tout accompagné de Beaujolais ou de Châteauneuf-du-Pape

Catherine Roux, tient « Au comptoir d’Alice », rue Duguesclin. Encore un chef Toque Blanche Lyonnaise.

Enfin, L’habit rouge, 10 rue lieutenant colonel Prévost.

Les artistes lyonnaises

Pour conclure sur les femmes agissantes du 6° arrondissement de Lyon, parlons de celles qui souvent dans l’ombre ont bâti, décoré, peint, sculpté.

Jeanne et Henriette Bardey

Au 14 rue Robert, en face de la chapelle Sainte Croix, se trouvait la maison de Jeanne Bratte. Passionnée de dessin, elle épousa en 1893 son professeur, le peintre Louis Bardey peintre notamment à l’origine de l’intérieur de la villa Gillet et du salon d’honneur de la préfecture de Lyon. Jeanne Bardey rencontra Auguste Rodin au Salon des Indépendants à Paris en 1909. Il la poussa à explorer les émotions humaines notamment en allant dans les asiles afin de créer des portraits de fous. Il l’initia à la sculpture. En 1919, elle reçoit le prix Paul Chenavard pour son buste « Torse de femme » actuellement exposé au musée des Beaux Arts de Lyon.Le buste d’Edouard Herriot par Jeanne Bardey figure dans l’exposition temporaire « Lyon sur le divan » au musée Gadagne. En 1937, elle consigna avec sa fille Henriette Bardey les huit bas-reliefs qui encadrent la porte centrale de la grande poste de Lyon. Les deux sculpteurs avaient eu pour mission de représenter le XVI° siècle à Lyon.

Une libre penseuse Juliette Récamier

Amie de Chateaubriand et de Germaine de Staël, Juliette Récamier est le symbole de la lutte des femmes à disposer de leur corps.

Ce qui est intéressant, c’est l’histoire qui a conduit à nommer la rue Juliette Récamier. En 1909, le conseil municipal de Lyon nomme les rues du nouveau quartier des Brotteaux, qui se construit autour de la gare. En 1911 et 1912, les habitants, commerçants et propriétaires du quartier vont remettre en cause la dénomination et demander via une pétition que la portion de la rue Moncey qui va de la gare au boulevard des Brotteaux soit renommée du nom de Juliette Récamier. Le conseil municipal ira plus loin puisque la rue Juliette Récamier va de l’ancienne gare des Brotteaux au cours Lafayette.

Voilà ! c’est tout pour aujourd’hui.

J’espère que cette promenade thématique autour des femmes agissantes du 6° arrondissement de Lyon vous a plu. Merci à nos trois guides.

A très bientôt pour de nouvelles aventures en terre lyonnaise !

 

Si vous avez besoin de faire estimer un bien sur le secteur, n’hésitez pas à me contacter. Estimation gratuite. Mon mot d’ordre : efficacité et humanité !

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