La crypte de Fourvière

Crypte de Fourvière

Fourvière ! Le phare de notre belle ville de Lyon ! Lorsque nous visitons, nous montons en général les marches vers la nef dédiée à Marie, mus par  le flux des visiteurs. Peu descendent les quelques marches qui mènent à la crypte de Fourvière. Le lieu, sombre, plutôt austère dépareille trop de la magnificence et de la lumière du reste de la basilique. Et pourtant ! En ce lieu se cachent de vrais trésors que je me propose de vous dévoiler aujourd’hui.

Vous me suivez ?

Mais afin de comprendre ce lieu de recueillement et de prière étonnant, il faut d’abord s’interroger sur son concepteur : Pierre-Marie Bossan.

Un début de vie mouvementé

Né à Lyon le 25 juillet 1814, il est l’aîné d’une famille de sept enfants. Très tôt, il apprend le métier de tailleur de pierre sur les chantiers de son père. Il étudie aux beaux-arts de Lyon où il est élève de Grobon et d’Antoine Chenavard. Puis à Paris où il reçoit l’enseignement de l’architecte Henri Labrouste. Suite au décès de son père en 1839, il reprend l’affaire familiale et est nommé architecte de la primatiale. Il va alors dessiner du mobilier liturgique. Suite à la restauration de l’église Saint Georges, il est nommé, en 1844, architecte diocésain. C’est l’époque où Joannès Blanchon lui commande l’immeuble surnommé « la maison mauresque » situé sur les quais de Saône, à l’époque en pleine construction. Ce bâtiment préfigure déjà les orientations qu’il prendra pour concevoir la basilique de Fourvière.

A la suite de mauvais placements, Pierre-Marie Bossan s’exile en Italie. En 1849, la mort tragique de son frère Joseph et son inhumation hâtive vont pousser Bossan à revenir à Lyon. Il y ouvre une agence d’architecture au 18, cours Rambaud mais continue à tirer le diable par la queue. C’est grâce au curé d’Ars que notre constructeur d’église va reprendre pied ! Pierre-Marie Bossan va en effet travailler quelques temps sur les fresques et vitraux de la nouvelle basilique d’Ars. C’est là qu’il va renouer avec la foi : foi chrétienne mais aussi et surtout foi en son art. La construction de la basilique d’Ars fonde les principes qui régiront la conception et l’édification de Fourvière.

Le projet de la Basilique de Fourvière est confié à Pierre-Marie Bossan à partir de 1858. Mais l’édifice est trop proche, trop présent et Bossan va s’exiler à la Ciotat prétextant une santé fragile afin de continuer à concevoir sans l’embarras du chantier. Ce sera donc Sainte-Marie Perrin qui dirigera le chantier en l’absence de l’architecte.

La place de Joseph dans l’édifice marial de Fourvière

Malgré l’éloignement, Pierre-Marie Bossan impose son empreinte à l’édifice. Très attaché à la figure de Saint Joseph, il va concevoir un cheminement des pèlerins qu’il a prévu passant par Saint Joseph pour monter vers Marie. Le Saint est l’icône du soutien familial, inconditionnel. Il accueille en effet en son foyer un enfant conçu du Saint Esprit et non de lui. Il est le fondement de la famille et Bossan lui donne le rôle de fondation de l’église mariale. La crypte de Fourvière est techniquement là pour asseoir la basilique sur le sol instable de la colline et lui permettre de porter les tours à 48m de haut. C’est un symbole très fort.

Est donc prévu un grand escalier encadré de deux lions (qui n’ont pas été sculptés) permettant d’accéder à la crypte par le jardin du rosaire. Des niches sont également aménagées dans les murs. Mais les décors ne sont pas mis en oeuvre immédiatement : ni les sculptures qui orneront les niches, ni la décoration murale. Seul le choeur est pensé et réalisé car en liaison avec les étages supérieurs. En effet, l’Archange Saint Michel, Le Saint Esprit, la Vierge, les hérésies, Saint Joseph et l’enfant, les péchés sont alignés verticalement, évoquant la position du bien et du mal. Le chemin est donc prévu pour faire passer le pèlerin du mal vers le bien.

Malheureusement, les contraintes de temps et d’argent font rapidement oublier la décoration de la crypte de Fourvière dès le gros oeuvre achevé. Seul l’autel et le choeur se parent des ors de l’étage supérieur. Les décorations des chapiteaux et des clefs de voûtes restent inachevées.

Après l’Histoire, venons-en à l’oeuvre.

L’inspiration mauresque a présidée à toute la construction. Mais ce qui étonne le plus, ce sont les symboles et les références liturgiques. Et ce constat est aussi vrai dans l’église basse qu’est la crypte de Fourvière. L’iconographie a été pensée par Bossan en collaboration avec le chanoine Diderot avec lequel il travaille à Valence.

Bossan avait en effet prévu la crypte comme repli des chanoines durant la période hivernale car enterrée et donc isolée. Le manque d’éclairage, le plafond bas, soutènement de l’église haute, confèrent au lieu un caractère mystérieux, propice au recueillement. Cette atmosphère symbolise également les ténèbres dans lesquelles tout chrétien passe pour aller vers la lumière.

La liaison de la basilique à l’ancienne chapelle de Notre-Dame de Fourvière

Le nouveau bâtiment devait prévoir une liaison entre l’ancienne chapelle, la nef de la basilique et la crypte. Elle est établie par un escalier monumental qui relie les 3 espaces : le vestibule. A la fois chargé de motifs géométriques et floraux, et très sobre par sa bichromie, ce lieu est la transition parfaite entre la magnificence de l’église et la sobriété de la crypte de Fourvière, entre l’intérieur et l’extérieur.

Le choeur de la crypte

Revenons un instant sur ce choeur. Au centre, trône l’autel que domine une sculpture de Saint Joseph portant l’enfant. En façade est représenté la mort de Joseph entouré de Jésus et Marie. Les détails de la scène, et notamment la larme de Jésus, sont saisissants.

Au dessus, sur les voûtains, s’inscrivent en latin les qualificatifs de Joseph : Filius David (fils de David), Vir Justus (homme juste), Custos Domini (gardien du Seigneur), Columen Mundi (colonne du monde), Virginis Sponsus (époux de la Vierge), Minister Salutis (ministre du salut), Certa Spes Vitae (espoir de la vie). Ils surplombent les 8 Béatitudes, vertues que l’on prête à Joseph. Les Béatitudes sont des anges représentant un passage célèbre de l’Evangile selon Mathieu (Mt 5, 3- 12).

Au sol, figurent les 7 péchés capitaux et 3 représentations plus générales ajoutées pour correspondre exactement aux 10 hérésies du choeur de l’église supérieure. La gourmandise, la colère, la luxure, la jalousie, l’orgueil, l’avarice, la paresse, satan, l’enfer et la mort sont dominés par la statue de Joseph, le gardien des valeurs de la famille.

La crypte de Fourvière, lieu de dévotion ouvert sur le monde

Si l’église basse est dédiée à Joseph, alors que font les effigies de la Vierge dans les niches et sur les murs ? Fourvière est un haut lieu de dévotion à la Vierge. C’est également un lieu d’envoi missionnaire. Je vous renvoie à l’article sur Pauline Jaricot qui vous éclairera sur cette ouverture de Lyon et plus particulièrement de Fourvière sur le monde.

Depuis le XIX° siècle, Lyon a été une plateforme importante des missions d’évangélisation. Nombre d’entre elles se plaçaient sous la protection de Notre-Dame de Fourvière. Les églises étrangères fondées par ces missions ont donc souvent un lien fort avec Fourvière. La volonté affichée d’être une église ouverte sur le monde s’est traduite par l’exposition dans la crypte de Fourvière des dons réalisés par les églises catholiques étrangères. Ainsi, se sont installées successivement :

–  du Portugal, Notre-Dame de Fatima, installée en 1994,

– de Pologne, Notre-Dame de Czestochowa, installée en 2002,

– d’Inde, Notre-Dame de la Santé de Velankani, installée en 2005,

– de Hongrie, la Vierge aux larmes de Sang de Györ, installée en 2006,

– d’Italie, Notre-Dame de Lorette, installée en 2010,

– de Manille, Notre-Dame de « La Naval », installée en 2010,

– du Liban, Notre-Dame du Liban, installée en 2011,

– Notre-Dame de Guadalupe installée en 2014

– de Chine, Notre-Dame de Chine, installée en 2016

– Notre-Dame d’Afrique installée en 2017

– du Brésil, Notre-Dame d’Aparecida, installée en 2017

Voilà ! J’espère que cette promenade vous aura donné envie d’aller voir de plus près ce lieu mystérieux.

A bientôt pour de nouvelles aventures lyonnaises.

 

 

Si vous vendez un bien dans la région lyonnaise, n’hésitez pas à me contacter. Estimation gratuite.

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