La maison de Lorette : la résidence de Pauline Jaricot – Lyon 5

Maison de Lorette Lyon 5

Il y a quelques temps, je vous avais donnés un lien vers une association de sauvegarde du patrimoine lyonnais. Je vous avais alors promis de participer à une de leur balade et de vous la raconter. Et bien c’est chose faite ! Je me suis glissée dans la peau d’un auditeur et j’ai suivi le guide. Qu’est-on allé voir ? La maison de Lorette dans le 5° arrondissement de Lyon. 42 bis montée saint Barthélémy pour être précis.

Je vous amène donc aujourd’hui à la découverte de ce lieu et surtout à la rencontre d’une de ses propriétaires : Pauline Jaricot. Son nom vous est inconnu ? Et bien suivez moi et vous en saurez un peu plus sur cette femme exceptionnelle.

La maison de Lorette : histoire d’une petite maison devenue belle demeure

Cette maison, vous êtes forcément passé en voiture devant en montant à Fourvière depuis Saint Paul. Elle est située montée Saint Barthélémy, un peu après l’entrée du jardin du rosaire. Ou de l’ECAM, si vous situez mieux ce temple de l’ingénierie lyonnais. Vous l’avez sans doute remarquée avec sa façades de style renaissance et sa tour escalier. Ce que vous savez sans doute moins, c’est son histoire.

Au XIV° siècle, c’est une toute petite bicoque construite le long de la voie romaine, au milieu des vignes : la maison de Breda. Et oui, Lyon n’est pas  encore la grande ville que nous connaissons aujourd’hui et les 2 collines sont des champs. Un certain Monsieur Burbenon en hérite et en 1520 et la transforme en « maison d’en haut ». Mais qu’est-ce une « maison d’en haut » ? Simplement une propriété secondaire où les gens riches venaient passer leur temps libre et l’été, loin de la touffeur de la ville. C’est alors une maison pour recevoir et pour paraître, toute en façade (il n’y a qu’une pièce dans l’épaisseur de la maison). La tourelle et les fenêtres de tire-en-croix sont montre du statut social.

Le volume de cette belle demeure, son épaisseur, lui est donné par Monsieur Philippon au XVIII° siècle. Les salles sous la terrasse côté rue sont dédiées à la fabrication, au stockage et à la commercialisation du vin.

La chapelle de la maison de Lorette

Pauline Jaricot l’achète en 1832 et y adjoint une chapelle consacrée à Sainte Philomène, une thaumaturge italienne. L’histoire de cette chapelle est intéressante. En effet, Pauline est malade du coeur. Très affaiblie, elle se rend en Italie, à Mugnano, afin de prier Sainte Philomène pour son rétablissement. Sur son chemin, elle s’arrête à Rome. Comme elle est connue pour son action ecclésiastique (j’y reviendrai), le pape lui rend visite. Il lui demande de prier pour l’Eglise lorsqu’elle sera au ciel – l’état de Pauline ne fait que peu de doute sur l’issue prochaine. En retour, notre malade fait promettre au pape de lui accorder la possibilité de construite une chapelle consacrée chez elle si elle guérit. Ce que le pape lui accorde. Notre lyonnaise se rend à Mugnano , prie avec ferveur avec les habitants, et … guérit ! Elle rapporte de son voyage des reliques de Sainte Philomène et fait édifier par Paul Chenavard la réplique de la chapelle de  Mugnano afin de les conserver.

Les travaux de restauration

La maison passera ensuite de main en main, sera transformée, jusqu’à être rachetée par les Oeuvres Missionnaires Pontificales en vue de rendre hommage à Pauline Jaricot. Des travaux de rénovation sont entrepris en 2003 afin de consolider la maison qui menace de basculer dans la pente. Et là, les architectes font découverte sur découverte. Ils remettent à jour la voie romaine, la façade renaissance. Le chantier durera 2 ans sous l’égide de Didier Repellin, architecte des bâtiments de France, coûtera 3,2 millions d’euros et permettra de faire renaitre ce lieu magnifique.

Mais qui était Pauline Jaricot ?

Pauline Jaricot est née en en 1799 dans une famille lyonnaise de négociants en soie. La famille est pieuse mais leur statut social impose un certain nombre de mondanités. Pauline grandit dans l’insouciance de la richesse et de ses excès. Or en 1816, elle a alors 17 ans, sa soeur aînée l’amène à l’église. Le sermon sur la vanité la secoue profondément, à tel point qu’elle décide de consacrer sa vie au Seigneur.

Pauline va s’intéresser rapidement aux nécessiteux, et ils sont nombreux à l’époque. Tout d’abord, elle va prendre soin des prostituées. Elle n’a pas à aller bien loin : le quartier riche de Saint Nizier où elle réside attire les jeunes canuses qui n’ont pas assez de revenu pour nourrir leur famille. Elle va placer ses femmes dans les usines familiales.

Le sou de Pauline où le début des oeuvres missionnaires

A cette époque, un des frères de Pauline, Philéas, entre dans les ordres. La révolution française a été dévastatrice pour l’Eglise catholique française qui se retrouve sans moyens, divisée. Philéas va donc en parler à sa soeur. La généreuse lyonnaise va imaginer un système simple et astucieux afin de récolter des fonds et de les expédier aux missionnaires. Elle va réunir de petits groupe de 10 personnes : des amies, les jeunes femmes qu’elle a placées. Durant les réunions, ces dames vont prier pour un missionnaire et donner un sou. Et ceci recommence chaque semaine. De plus, chaque personne doit elle-même former un nouveau groupe de 10 personnes et ainsi de suite. Très vite, le système s’étend dans le monde entier et devient l’Association de la Propagation de la Foi en 1822.

Pauline Jaricot instigatrice du rosaire vivant

Comme je l’ai dit plus haut, l’Eglise connait une crise majeure en France en ce début de XIX° siècle. Le pape s’émeut notamment que le rosaire, cette prière méditative sur les mystères de la foi, ne soit plus pratiquée. Pauline va renouveler l’expérience des groupes de partage pour les oeuvres missionnaires. Ainsi, elle va créer des groupes de 15 personnes (à l’époque, il y a 15 mystères, ils sont passés à 20 lorsque Jean-Paul II a ajouter les mystères lumineux). Après un temps de prière collective, chacun repart avec un mystère à méditer durant la semaine. Le rosaire est donc porté chaque semaine par 15 personnes et chacun au fil des réunion va réciter l’intégralité du rosaire.

Le Rosaire Vivant s’étend de la même manière que le sou de Pauline et comptera 2 250 000 pratiquants à la mort de Pauline en 1862. Ces groupes de prière existent toujours aujourd’hui grâce au pape Pie IX. Ainsi, le Rosaire vivant dépend aujourd’hui des évêques qui ont pour mission de le développer dans leur diocèse.

L’oeuvre charitable de trop

Plus haut, je vous ai raconté comment Pauline Jaricot s’est occupée des prostituée. Une fois les choses en train, elle s’est occupée de trouver du travail aux canuts. Faut-il le rappeler, les conditions de travail des ouvriers de la soierie étaient très dures. A tel point que 2 révoltes éclatèrent en 1831 et 1834. Suite à ces émeutes sanglantes, la Ville n’eut de cesse de trouver des activités aux canuts en période creuse. Ainsi, le parc de la Tête d’Or ou l’esplanade du jardin du rosaire sont des travaux commandés par le maire de Lyon.

Pauline Jaricot va essayer d’utiliser le même procédé de placement qu’elle avait mis en place pour les prostituées. Des amis à elle lui conseillent donc de racheter des hauts fourneaux dans le sud de la France en lui vantant la rentabilité de l’exploitation. Malheureusement, l’usine perd de l’argent. Qui plus est, ce que Pauline injecte pour les ouvriers passe dans la poche de ses escrocs d’amis… Elle devient redevable de sommes considérables. Elle passera le restant de ses jours à essayer de rembourser mais refusera toujours de vendre sa maison.

Dernière modification de la maison de Lorette

Afin de trouver des fonds, elle fait percer un passage au travers des jardins de la maison de Lorette entre la montée saint Barthélémy et la chapelle de Fourvière. Cet escalier à péage fonctionne quelques temps avant d’être concurrencé par un passage ouvert plus bas dans la pente et qui atterrit… dans les jardins de Pauline. Malgré un procès qui lui donnera raison, elle ne sera pas indemnisée par sa rivale.

Pauline meurt en janvier 1862 dans le plus grand dénuement, abandonnée de tous. Ironie du sort, cette belle âme a laissé peu de souvenir en France mais est connue partout à travers le monde pour son action d’évangélisation. Les Oeuvres Missionnaires Pontificales lui rendent aujourd’hui hommage en ouvrant la maison de Lorette au public avec un musée dédié à la mission d’évangélisation.

Je voulais remercier Mme Katy Campagnolo qui a été mon guide ce jour là et l’association Sauvegarde et Embellissement de Lyon.

Voilà, notre visite de la maison de Lorette se termine. J’espère qu’elle vous a plu. A bientôt en terre lyonnaise pour de nouvelles aventures.

 

Vous êtes vendeur d’un appartement ou d’une maison sur Lyon, contactez moi !

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