Le quartier de Monplaisir : de la campagne à la ville, 2 siècles d’histoire

Le quartier de Monplaisir

Bonjour à toutes et tous !

Je vous conduis aujourd’hui sur les chemins d’un quartier-village au coeur de Lyon : le quartier de Monplaisir. L’histoire de ce quartier est bien  évidemment marquée par l’établissement de la famille Lumière en ces lieux. Mais cela fait oublier que le quartier de Monplaisir n’est pas que Lumière comme pourrait le laisser croire l’arrêt de métro « Monplaisir/ Lumière ».

La promenade vous tente ? Alors c’est parti !

Dans mon article précédent sur les femmes agissantes du 6° arrondissement de Lyon, je vous parlais du rattachement de la commune de la Guillotière à celle de Lyon puis de sa division en arrondissements. Et bien le quartier de Monplaisir connait exactement le même processus. Un premier rattachement est effectué à Lyon 3° en 1852, puis au 7° en 1912 et enfin au 8° arrondissement en 1959. Pourquoi ?

La Guillotière était une commune rurale. La commune, faubourg de Lyon, était traversée par la route royale n°6, actuelle avenue des Frères Lumière, qui reliait Lyon à Grenoble. Le secteur est pour partie propriété des Jésuites aux XVII° et XVIII° siècles. Au XVIII° siècle, il est acheté par la famille Henry que l’un des descendants, Marie-Vital Henry, décide de lotir en 1827. Il nomme alors les lieux « village de Monplaisir » et « Campagne de Sans-Souci » dont les noms sont restés jusqu’à nos jours.

Cette décision est directement lié à l’accroissement de la population intra-muros et à l’expansion de la ville hors des murs afin de palier le manque de logements en centre-ville. Ceci est à mettre en regard avec l’expansion de Lyon au nord côté Parc de la Tête d’Or et au sud côté Confluence. Des familles s’installent donc à Monplaisir et Sans-Souci. Qui dit famille dit main-d’oeuvre. C’est ainsi qu’à partir de début XIX° le quartier de Monplaisir va voir s’installer un grand nombre d’entreprises dans des domaines très variés.

Les grandes entreprises de Monplaisir

Si je vous demande de me citer une entreprise qui a marqué l’histoire du 8° arrondissement, vous me direz majoritairement : les usines Lumières. Oui. Les frères Lumière ont indéniablement marqué le quartier. Mais ils n’ont pas été les seuls. Commençons donc par dire deux mots de cette grande famille Lyonnaise. Je vous amènerai ensuite un peu plus loin pour vous présenter d’autres grandes entreprises qui ont marqué le 8° arrondissement de Lyon.

La famille Lumière

Le fondateur de la dynastie, c’est Antoine Lumière, le père. Né à Ormoy, petit village de Haute Saône, en 1840, il s’installe avec sa femme Jeanne-Joséphine Costille rue de la Barre en 1871 comme photographe de la bourgeoisie lyonnaise. Mais si Antoine, artiste confirmé, foisonne d’idées, ce sont ses enfants et plus particulièrement Auguste et Louis qui font entrer le nom Lumière dans l’histoire.

Auguste se passionne pour la médecine et la biologie tandis que Louis est  féru de chimie. A eux deux, ils déposeront près de 200 brevets ! C’est ce dernier qui, à seulement 17 ans, invente la premier plaque sèche qui permet de réaliser des photographies instantanées grâce à une émulsion de gélatino-bromure sur plaque de verre. Elle sera commercialisée sous le nom d’étiquette bleue. Le procédé suscite un engouement de la part des photographes amateurs. Ceci incite Antoine Lumière à acheter le terrain sur lequel sera construit l’usine Lumière, début de l’aventure familiale.

Suite à un voyage à Paris, Antoine Lumière découvre le kinétoscope de Thomas Edison. Il demande alors à ses fils de se pencher sur l’invention de ce qui deviendra le cinématographe en 1895.

Parmi les autres inventions de cette famille de chercheurs on notera : un carburateur pour moteur à essence, un chevalet pour violons et violoncelles, un fer à friser, un tableau publicitaire à vue changeante (l’ancêtre des panneaux publicitaire défilants), le tulle gras pour la cicatrisation des plaies…

L’entreprise CALOR

Une autre grande entreprise française prend ses quartiers dans le 8° arrondissement de Lyon : Calor. L’aventure commence avec le dépôt d’un brevet de fer à repasser électrique par deux lyonnais : M Bagneux et M Duveau en 1913. Ils ouvrent une boutique dans l’actuelle rue de Brest dans le 2° arrondissement de Lyon en 1917 spécialisée dans le petit électroménager. Devant le succès la société anonyme Calor déménage 200 rue Boileau dans le 6° arrondissement.

En 1918, l’ingénieur Léonce Trouilhet  devient administrateur de l’entreprise puis directeur de 1932 à 1959. C’est lui qui installe les usines Calor chemin des alouettes en 1926, à proximité de la place de Monplaisir (actuelle place Ambroise Courtois). Ainsi, ce sont 12 000m2 et jusqu’à 1 800 employés qui vont faire vivre le coeur du quartier Monplaisir jusqu’en 1985. Ne reste de cette époque que les anciens bureaux de l’entreprise qui sont actuellement investis par les bureaux d’Handicap International. Le reste a été détruit au profit d’une zone d’aménagement concerté (des logements et des commerces).

Handicap International

Une entreprise emblématique laisse place à une autre. En effet, en 2014, les bureaux de l’entreprise Calor sont transférés à Dardilly dans l’ouest lyonnais. Les 6 000m2 sont alors rachetés par l’ONG Handicap International afin d’y installer son siège social mondial et ses 350 collaborateurs.

Et oui, Handicap International est bien une entreprise française et même lyonnaise ! Elle fut créée en 1982 par 2 médecins lyonnais, Jean-Pierre Richardier et Claude Simonnot, et un technicien, Yves Gaumeton.

Des lieux à découvrir dans le quartier de Monplaisir

Sortons des sentiers battus et découvrons les arrières cours du quartier de Monplaisir.

Le 3 de la rue Saint Victor :

A cette adresse, en 1903, s’ouvre un asile pour les jeunes « filles-mères ». Ces jeunes femmes étaient rejetées par la société, par leur famille et se retrouvaient sans emploi, sans logement. Longtemps appelé « la maison de la honte », ce lieu est sous l’égide de la fondation de l’oeuvre de la Samaritaine créée en 1891 par l’abbé Robert, aumônier de l’Hospice de la Charité. Il offre un refuge aux futures mamans puis aux mères mais dans un premier temps, sans leur enfant laissé en nourrice. Cet asile permet aux jeunes femmes de réaliser des travaux de couture, de tricot, de broderie notamment en vue de la préparation de la layette du bébé.

Ce n’est qu’en 1921 qu’une nurserie s’installe dans les murs de la Samaritaine. L’établissement ferme en 1974.

Depuis la maison a eu plusieurs usages : centre de jour, centre de loisir, maison municipale de l’enfance et enfin crèche.

La rue Léo et Maurice Trouilhet

Cette rue du quartier Monplaisir est jalonnée de plusieurs édifices et monuments remarquables.

Tout d’abord, l’église Saint Maurice. Construite entre 1840 et 1898, c’est une construction pour le moins atypique mélangeant les styles roman, régional et oriental. Et pour cause, elle a été édifiée en 3 campagnes par 3 architectes différents : François Pascalon de 1840 à 1843, Christophe Crépet en 1857 et enfin Jean Sainte-Marie Perrin de 1895 à 1898. Initialement conçue avec une nef unique et sans clocher, elle a été réaménagée avec un clocher carré, une abside et un transept.

Passons ensuite au monument aux morts. Conçu par Tony Garnier, il fut installé initialement le 17 décembre 1922 à l’intersection du cours Albert Thomas et de l’avenue des frères Lumière. Déplacé à côté de l’église Saint Maurice lors de l’inauguration de la place d’Arsonval, il faut en faire le tour pour percevoir l’intérêt de ce monument. Tony Garnier y a en effet représenté la guerre aveugle.

A proximité de l’église et du monument aux morts, se trouve une croix : la Croix des Sables ou Croix de Saint Alban. Lieu inattendu pour un calvaire me direz-vous ! Et bien oui car ce n’est pas son emplacement originel. Elle était initialement installée à l’intersection de l’avenue des frères Lumière et de l’actuelle rue Laënnec. Déplacée et cassée, elle est refaite à l’identique en 2007.

Face à l’église Saint Maurice, se trouve une salle paroissiale de style byzantin. Mais là, mystère ! Qui est l’architecte ? Un élève de l’école de Bossan ?

La Manufacture des Tabacs

Parmi les lieux à ne pas manquer dans le quartier de Monplaisir, l’incontournable Manufacture des Tabacs ! Mais d’où vient ce nom ? Aussi étonnant que cela puisse paraître à notre époque où les usines sont majoritairement hors des murs de nos grandes cités et où le slogan « fumer tue » nous fait oublier qu’il n’y a pas si longtemps que çà la SEITA avait encore une usine de production dans la région lyonnaise (à Mions, devenu centre de distribution pour les buralistes), une usine de production de tabac à rouler, de tabac pour les pipes et de cigarettes gauloises était installée au coeur de Lyon.

Construite en 1912 et inaugurée en 1932, l’usine de la Manufacture des Tabacs est un héritage direct du monopole de l’Etat sur le tabac  (production et fabrication) institué par Colbert en 1681. Le site accueillit jusqu’à 2000 ouvriers et produisit jusqu’à 30 millions de cigarettes/ jour ! La SEITA  (Service d’exploitation industrielle des tabacs et allumettes) arrêta la production en 1987. L’usine récupérée par la COURLY fut ensuite attribuée à l’université Jean Moulin Lyon 3 en 1990.

Les travaux de réhabilitation de cette friche industrielle s’étalèrent de 1992 à 2004 sous l’égide de l’architecte Albert Constantin. Ainsi, la première des 6 tranches fut livrée en 1993 et la dernière en 2004. Le bâtiment est référencé au « patrimoine du XX° siècle ».

Dans la cour nord, s’élève une oeuvre de Josef Ciesla : « Welon, le voilier imaginaire », tandis que la cour sud propose une oeuvre sur la résistance incarnée par Jean Moulin : la fontaine « Empreintes et Résurgences » installée en 2006.

Il y aurait bien d’autres choses à dire sur ce quartier de Monplaisir mais la balade se termine là pour aujourd’hui.

Merci à l’association SEL (Sauvegarde et Embellissement de Lyon) qui m’a à nouveau permis d’écrire cet article.

A très bientôt pour de nouvelles aventures lyonnaises !

 

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